Tetière photo paysage
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Mongolie / Tribulations Lulu - 2 La Russie

15 août 2008

[Lulu]

Je profite du magnifique paysage d’Altay dans les derniers rayons de soleil. Gena et Serguei sont de nouveau joyeux et discutent gaiement avec le douanier.

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Nous roulons lentement et dans les montées,le pauvre fourgon chargé à bloc maintient difficilement les 30km/h, faisant échanger aux 2 frères des regards surpris. Peu importe rien ne ternira leur bonne humeur et pour ma part, j’entrevois une issue tranquille à toute cette histoire. Une pause pour un petit casse croute et une autre plus animée où le camion refusera de redémarrer et nous permettra d’admirer l’incroyable ciel étoilé. Vraiment, ce pourrait être bien pire. Le douanier s’arrange même pour me laisser la banquette et me laisser dormir, se mettant lui même dans uns position très inconfortable mais je peux tenir jusqu’à Gorno-Altay. Il insiste mais je refuse, peut-être connaissait-il la suite pour m’inciter à dormir quelques heures...
A 3 heures du matin, nous arrivons au bureau des douanes de Gorno-Altai, le douanier nous quitte et je m’étale sur la banquette.

07 Aout 2008 - Gorno-Altay - Russie

Le lendemain matin, notre douanier est de retour, accompagné d’un autre. Un jeune, pas souriant, pas sympathique. Pour le confort du lecteur, nous l’appellerons "tête de c..".
Sur de lui, fier de son pouvoir, il est chef. Il demande immédiatement de descendre la moto du fourgon. Elle n’a rien à y faire dedans, je n’ai qu’a la conduire. Gena et Serguei discutent, avancent de nombreux arguments : j’ai la clavicule cassée, je suis dorénavant seule, je n’ai pas d’essence dans la moto et de toute façon je n’ai pas un kopeck en poche... Mais rien n’y fait, "tête de c.." est inflexible : la moto, dehors. Son ton durcit, et je comprends que s’ ils n’obtempèrent pas, mes compagnons se mettent dans une situation délicate vis a vis des autorités russes. Les 2 frères évitent de me donner trop d’explications, ils tentent d’eux mêmes de régler le litige mais semblent empirer leur cas, il ne faut pas insister de trop avant l’irréversible. Je me décide et demande à descendre la moto. Ils me regardent étonnés. Je vais la conduire, il n’y a pas d’autre solution.
Ils s’organisent vite autour de moi : la moto est descendue sous le regard amusé de "tête de c.." qui n’aidera pas les 2 frères transpirants. Gena prend mes derniers 100$ et va les changer à la banque, ce sera nos frais à tous, ils n’ont plus un sou en poche et je leur dois bien ça. Pendant ce temps, Serguei fait mes bagages. Je demande l’autorisation de laisser quelques affaires dans le camion, requête immédiatement refusée, rien à moi ne doit rester dans le véhicule. "tête de c.." fait le tour du camion, vérifie le contenu discutant certains objets qu’il juge m’appartenir et annonce qu’il se chargera personnellement de notre escorte pour la suite du trajet. Ainsi toute bidouille sera impossible.
Je demande à Serguei de resserrer mon bandage, je suis prête pour l’essai. Ca va, je peux lever le bras à la hauteur du guidon, j’arrive même à débrayer. C’est parti, Serguei pousse la moto jusqu’à la station-service et nous attendons l’escorte. J’ai le choix : soit j’avance doucement et attends que Fred et Yuki me rattrapent aujourd’hui ou demain , soit je suis mon convoi jusqu’à la frontière. Je choisis de suivre, au moins j’ai une assistance en cas de problème.
Ils ne roulent pas vite, heureusement et à part la première vitesse, je monte et je descends les rapports à la volée. Quand la route est calme, j’insère mon bras dans la lanière de mon appareil photo qui pend à mon cou, ça me soulage.
Très vite nous quittons la route principale et nous empruntons les petites routes de la campagne. Tant mieux, très peu de circulation, moins de danger. Mais c’est parler un peu vite car peut-être ne trouvant pas la situation assez difficile à son gout "tête de c.." décide soudainement d’emprunter un bout de piste. Elle n’est pas difficile et j’avoue que c’est avec bonheur que je teste mes premiers kilomètres post-accident. Physiquement, c’est moyen mais mentalement tout va bien et ça c’est important !
3 heures que nous roulons sans pause, je dépasse les 2 voitures et m’arrête sur la bas-côté. Je réclame une pause. Nous n’avons rien mangé ce matin. Une épicerie ferait l’affaire mais il n’y a rien dans le coin et il me faudra encore patienter 1/2 heure avant de pouvoir m’arrêter réellement. Curieusement, la pause me mine le moral. Concentrée sur ma conduite, je ne pensais plus à la douleur physique qui se réveille maintenant. Et en plus "tête de c.." ricane en me voyant me débattre avec mon casque et ma veste. Son chauffeur lui ne trouve pas la situation amusante. C’en est tout de même trop. Heureusement, apercevant la scène, Gena se précipite et me retire mon casque et ma veste. Il le fera jusqu’à la fin du trajet.
Courte pause déjeuner et nous voilà repartis pour les 50 derniers km de piste avant les centaines à venir d’asphalte. A chaque arrêt essence, Gena m’annonce un kilométrage légèrement sous estimé pour me redonner le moral mais je sais qu’il en reste beaucoup à parcourir. Mon épaule me lance parfois très fortement, puis sans prévenir la douleur peut disparaitre quelques minutes et quand ça arrive, je profite pleinement de ses quelques instants de répit en inspirant profondément.

Enfin 560km parcourus et nous arrivons à Rubtsovsk, dernière ville avant la frontière. Comme prévu je quitte le convoi pour aller en ville tenter de contacter Fred pour le prévenir que je suis arrivée. Je retrouverai Gena et Serguei la frontière. Fred m’a envoyé un e-mail, il est 2 jours derrière moi, sur la route principale.

1 heure plus tard me voilà en chemin pour la dernière étape. Fatigue et inattention me valent d’être arrêtée par la police pour excès de vitesse. J’ai roulé a 45km/h dans une zone limitée à 20km/h. Difficile de faire celle qui ne comprend pas, ils me tendent le radar sous les yeux. Les 2 policiers ne rigolent pas et m’intiment l’ordre de montrer mes papiers et de les suivre dans leur bureau. Pfff, sale journée. Au moins, c’est un flic correct. Il dessine un schéma indiquant que j’ai dépassé de 20km/h la vitesse autorisée puis me fait lire le panneaux des contraventions. 300 roubles ! Je les ai, planqués dans ma poche mais je tente de discuter. J’explique que je vais au Kazakhstan, je n’ai plus que quelques pièces. Combien ? Je compte : 60 roubles. Un demi sourire s’affiche sur le visage du policier. _

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Il me tend de nouveau son dessin et pointe en insistant le gros 20km/h, attend ma réaction puis retourne la feuille où à ma grande surprise, un paquet cadeau y est dessiné. Je suis interloquée et lui mort de rire. Allez savoir pourquoi, c’est à ce moment que les larmes ont ruisselé sur mes joues, mettant mon pauvre policier dans l’embarras. Je récupère mes 60 roubles, lui demande son dessin en souvenir et repars en le remerciant vivement.

La frontière, enfin ! il est tôt. 21h. Je fais une pause dinette dans le restaurant qui jouxte la grille. Je fais un rapide calcul. 2 heures de formalités côté russe, je peux me présenter a la grille vers 22h,je serai juste à 0h00 le 08/08 au Kazakhstan, première heure de validité de mon visa.
A 22h,je m’exécute. Il fait nuit, la frontière est déserte. En 30 minutes, je suis de l’autre côté. Ben ça alors ! A l’immigration kazakhe, je présente mon passeport. Le gars va pour le tamponner mais je l’arrête juste à temps, lui montrant la date de validité. Ça le fâche un peu et il me demande d’attendre 2 heures ! 2 heures ? Oui me répond-il, il est 22h ! 22h ??? Il me faut quelques minutes pour comprendre qu’en plus d’avoir surestimé le temps de passage russe j’ai complètement oublié le décalage horaire ! Va pour l’attente. Le fourgon de Serguei et Gena est garé dans le parking, il est ouvert. J’avale un antalgique et m’endors à l’arrière.
La porte ouverte à la volée me réveille brusquement. Gena est la accompagné d’un douanier. Apparemment leurs soucis ne sont pas terminés et ils sont en pleine paperasse. Il explique rapidement notre rencontre au douanier, très surpris de me trouver là , puis à l’écoute de notre histoire, il me félicite chaudement. Il faut que je quitte le fourgon, il part à la fouille. Gena me demande juste si je ne préfère pas dormir dans une gostiniza ce soir, un petit hôtel à la russe. Je suis groggy. J’ai à peine le temps de bafouiller quelques mots et le voilà reparti pour la vérification.
Mais ça y est,il est minuit !

08 Aout 2008 - Frontière - Kazakhstan

Pour la deuxième fois, je me présente à l’immigration. Le même gars, plus fâché du tout, m’accueille avec un tonitruant " Welcome to Kazakhstan !!" et explique à ses collègues que je suis là depuis 2 heures. Ça les fait rire. Cool... Puis gentiment m’indique la procédure à suivre pour la moto et me dirige vers sa collègue qui parle anglais. Tout se passe vite et bien et 1/2heure plus tard, je peux sortir. Vivement que je retrouve le fourgon qui lui a fini, qu’on charge la moto et direction Semey où un bon lit m’attend !
Je sors. Pas de fourgon. Ils ont du s’éloigner un peu. Je prends mon courage à deux mains et m’engage dans la nuit noire. Je parcours 10 km. Pas de fourgon, non, ils ne m’ont pas fait ça ! Je me rends a l’évidence, Gena et Serguei sont partis emportant avec eux les 200$ de caution qu’ils devaient me rendre.
Je reviens à la frontière et demande l’autorisation de retourner voir le douanier qui m’a vu avec eux. C’est accepté. Je lui raconte mon histoire, il est outré ! Il quitte précipitamment le poste pour refaire la route et parcourir les 30km qui délimitent la zone de douane "peut-être m’attendent-ils à l’extérieur" m’annonce-t-il. Pendant ce temps sa collègue ressort leur dossier et me donne l’adresse de Gena à Astana ainsi qu’une copie de son passeport. Ne jamais faire confiance me dit-elle. Je sais, bien sur je sais, mais je ne veux pas croire à la malhonnêteté de ces 2 gars qui m’ont si gentiment assistée depuis 2 jours. Le douanier revient, ils ont bel et bien disparu. Ils m’ont laissé un numéro de téléphone mais bien sur, ça ne répond pas.
C’en est assez pour aujourd’hui et ce désagrément ne me mine pas le moral. On est le 8 aout, je suis au Kazakhstan, avec ma moto, hourra !!!
Je sors de la zone frontalière accompagnée par le garde qui m’appelle par mon prénom. Je commence à être célèbre dans le coin ! Je vais demander l’hospitalité à l’auberge d’à côté. Pas de chance, ce n’est pas une auberge, c’est un café-restaurant et on m’annonce qu’il n’y a pas de quoi dormir ici. Il faut aller à Semey à 110km ! Hors de question, je ne les fais pas à 2 heures du matin. Je tente ma chance à la maison voisine, la télévision est allumée. Je frappe. Un homme vient m’ouvrir. De nouveau je demande un endroit où dormir, explique que je n’ai pas de tente mais un matelas et un sac de couchage. L’homme me regarde interdit puis hurle soudainement un "Nieto, nieto, nieto !" en me claquant la porte au nez. Bon, c’est très clair et je crois que je vais finir la nuit dans le fossé. Je retourne au restaurant des routiers, histoire de prendre une boisson chaude avant de trouver un endroit calme où dormir. Tout le monde est dehors, c’est sans doute l’heure de fermeture mais deux policiers de la frontière qui m’avaient à peine adressé un regard la fois précédente m’annoncent " Come with us, you are my guest" Je laisse, à leur demande, ma moto cachée derrière le restaurant, grimpe dans le 4x4 et pour la 3eme fois de la journée, pénètre dans la zone frontière.
Deux bon gros gars, sympas et très amusés de la situation. Je comprend vite que je n’ai pas du tout le droit d’être là. Ils ont une chambre de fonction et me laissent le petit lit. Ils partageront le canapé-lit à la fin de leur service. Pas de toilette ce soir, la chef circule souvent dans les couloirs, ils m’enferment donc de l’extérieur.
Mon épaule me fait vraiment souffrir, il me faut une bonne heure avant qu’elle ne se calme sous l’effet du cachet. A peine Morphee m’entraine-t’il dans ses bras que voilà mes deux gars qui reviennent. Leur journée est finie et ils n’ont pas du tout envie de dormir. Une touriste française dans leur chambre, voilà la bonne occase de papoter toute la nuit. Paris est belle, Paris regorge de filles avec des jambes de 2 mètres de long, ils l’ont vu à la télévision ! Paris c’est la mode. Et puis ils veulent en savoir plus sur notre voyage et à l’étage en dessous, tout le monde parle de moi et de cet argent dérobé... Finalement ils se lassent, se couchent et en quelques minutes se mettent à ronfler bruyamment, bedaine contre bedaine. Et bien ce n’est pas encore cette nuit que je vais dormir ! Je suis partagée entre fou rire et desolement. Enlacés dans leur petit lit, les 2 amis kazakhs ont une certaine allure et après tout, même si je ne peux pas dormir je suis dans un vrai lit.
Le lendemain matin, vers 8h00, je m’agite un peu. Il est temps pour moi de déguerpir. Mes gars ronflent encore. Je leur laisse encore 1 heure puis manifeste clairement mon besoin de sortir. L’un s’éveille, un peu étonné de me trouver là le temps de retrouver ses esprits, et le voilà à faire le guet dans le couloir pour m’extraire de la chambre. Pas de chance, c’est l’heure du changement de patrouille et la chose se complique. C’est finalement en passant de bureau en bureau, planquée derrière chaque porte que j’atteins leur voiture. J’aurai même le droit à une courte pause aux toilettes. Accompagnés d’une collègue mise dans la confidence, ils me raccompagnent jusqu’au restaurant et un petit déjeuner m’est offert.
C’est l’heure des au-revoir, ils me promettent de surveiller l’arrivée de Fred et Yukiko.

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J’enfile mon blouson, salue la patronne du restaurant et voilà qu’une voiture me klaxonne. Ce sont les suisses, les fils ! Les parents avec le gros camion sont toujours à la frontière. Si j’attends un peu (quelques heures) ils porteront la moto jusqu’à Semey. Mais je ne peux plus attendre, je dois trouver un hôtel et dormir. Si jamais ils me voient au bord de la route, qu’ils s’arrêtent ! Ils me le promettent et me regardent partir incrédules.

110 km avec une pause au milieu. Enfin j’arrive dans une chambre d’hôtel. Enfin, je m’effondre sur le lit. Enfin je peux dormir. Je suis à Semey, première ville à l’entrée du Kazakhstan. Jamais je n’aurais pensé y arriver. Pourtant quand on y songe, tout a été facile...

Depuis, Gena et Serguei m’ont contactée. Ils sont en panne sur la route d’Astana depuis plusieurs jours. Ils me promettent qu’ils feront les démarches nécessaires pour me rendre l’argent. Peut-être peut-on faire confiance après tout...