Mongolie / Tribulations Lulu - 1 La Mongolie
15 août 2008Enfin j’arrive dans une chambre d’hôtel. Enfin, je m’effondre sur le lit. Enfin je peux dormir. Je suis à Semey, première ville à l’entrée du Kazakhstan. Jamais je n’aurais pensé y arriver. Pourtant quand on y songe, tout a été facile. A peine arrivée en ville, un taxi m’a emmenée à l’hôtel sans me faire payer la course. Ici les garçons d’étage portent les bagages. La veille au soir, à la frontière j’ai finalement été logée et nourrie, et ma foi, une étape russe en moto de 550km par des petites routes et parfois pistes, ce n’est quand même pas la mer à boire... quand on n’a pas la clavicule cassée.
Et bien oui, il y a 2 semaines, en pleine Mongolie, un jour de pluie, je n’ai vu que trop tard un malheureux trou qui m’a fait voler moi et ma moto. Bilan, clavicule gauche cassée. Quatre semaines d’immobilisation. Pas si grave mais juste pas le bon moment ni le bon endroit.
27 juillet 2008 - Altay - Mongolie
Il nous faut réagir vite car notre visa mongole expire 10 jours après et le visa à suivre, le russe est un visa de 5 jours pour le transit jusqu’au Kazakhstan. Sans tarder, nous devons trouver de quoi me transporter moi et ma moto jusqu’au Kazakhstan où je finirai tranquillement ma convalescence, enfin c’est le plan...
Déjà en Mongolie, ce n’est pas aisé. Pour commencer, mon assistance ne peut que me répondre : "Ben, on a rien sur place alors trouvez vous même une solution, on vous remboursera mais jusqu’à la frontière russe." Totalement inefficaces mais gentils : ils m’appellent tous les jours... :o/
Et des solutions de transport, à quelques jours de l’éclipse totale, il y a en a peu. Fred et nos amis parcourent chaque jour le "black market" d’Altay à la recherche d’un véhicule mais sans succès. Bien sur restent encore à disposition quelques vans russes sans amorto que les agences touristiques ont dédaigné mais pour en avoir testé un entre le lieu de l’accident et l’hôpital, je crois que ça ne va pas être possible pour les 800km de pistes suivants...
C’est par le hasard d’une rencontre quelques jours auparavant que je suis gentillement assistée, transportée à l’hôpital pour un nouveau bandage et que s’organise la première solution. Un suisse et son interprète ayant travaillé dans la région. Ils ont des contacts et pas des moindres puisque le vice-gouverneur accepte de me louer son véhicule, un beau Land Cruiser et son chauffeur, jusqu’à Tsagaannuur, ville frontière avec la Russie. Alléluia ! Et me voilà raccompagnée dans la plus confortable voiture de la région !!! Elle n’est pas belle la vie ?
Sam, Phill et Katel sont partis la veille pour Khovd, le temps leur est compté et ils ont encore beaucoup de choses à régler avant leur départ. Fred et Yuki prennent la route eux aussi. Une fois partie, j’irai bien plus vite qu’eux...
Je reste donc seule, je retrouverai Fred et Yuki dans quelques jours.
Avant de partir, il reste un dernier détail à régler : la moto doit entrer dans le 4x4.
Ainsi je retrouve les joies de la condition féminine face à un véhicule à moteur. Comme toujours, les hommes veulent m’aider mais sans jamais écouter mes directives, je ne suis qu’une femme. Conduire une moto passe encore mais la démonter... Je finis par m’imposer avec mon bras unique et la moto est chargée.
01-03 Aout 2008 - Mongolie
3 jours de route. De belles routes, de magnifiques paysages... Enfermée dans cette voiture de luxe, je prends mon mal en patience. Impossible de communiquer avec Fred qui ne sait même pas si j’ai pu quitter Altay. Alors sachant qu’il est environ 2 jours derrière, je me fais petit Poucet et sème des petits cailloux : des messages aux personnes croisées, un petit mot à la réception des hôtels...
Finalement je suis chanceuse, sur la route je croiserai une dernière fois tous nos amis français et je verrai même l’éclipse ! Officiellement 9 secondes mais j’en ai compté que 3...
Notre premier rendez-vous avec Fred à Olgii est manqué. Le téléphone ne passe pas et je ne peux pas le mettre au courant des dernières informations. Une famille suisse me propose éventuellement de me transporter moi et la moto a travers la Russie. Mais dois-je quitter la Mongolie avant d’avoir revu Fred ? Et si lui à son tour avait un souci ? De toute façon, les suisses ne m’ont rien promis. Si je suis à la frontière mardi, jour ils passent, ils verront ce qu’ils peuvent faire mais ils m’incitent à trouver autre chose car ils sont limités en poids et ma moto pèse tout de même 200kg avec ses bagages.
Mon chauffeur et son fils, après avoir remonté la moto, m’abandonnent à la frontière comme prévu. C’est un tout petit village, désertique, sans eau courante et pourvu de quelques heures d’électricité et de téléphone par jour. Nous sommes dimanche. Il ne me reste plus qu’à faire le guet pour trouver un véhicule et retrouver Fred et Yuki. La frontière est fermée aujourd’hui mais l’auberge est sympa, pleine de chasseurs russes qui sont là pour chasser la marmotte qui pullule dans le coin. C’est un met délicieux parait-il et je dois avouer que c’est vrai...
Mais je n’ai pas long à attendre. Un fourgon arrive avec 2 joyeux lurons, Gena et Serguei. Ils sont kazakhs, 2 frères qui ont fait un grand tour par la Mongolie pour y acheter ce véhicule. A force de signes et avec mes rudiments de russe, je leur raconte mon histoire. Ni une ni deux, ils attrapent un mètre, prennent quelques mesures et m’annoncent que c’est okay. Ils passent la frontière le lendemain dés l’ouverture et ils me transporteront jusqu’à Semey ! Quelle chance ! Mais tout est si rapide... Trop rapide car c’est trop tôt ! Mon visa kazakh commence le 8 Aout et ils devraient m’y déposer le 6. C’est à prendre ou à laisser : je prends !
Je rédige une dernière note à Fred, je l’attendrai à la frontière russo-kazakh.
04 Aout 2008 - Tsagaannuur - Mongolie
Le lendemain, à 7 heures, les voitures s’agglutinent. La notre est en tête de file, Gena ayant préféré dormir dans le fourgon pour réserver sa place des la veille au soir. Après ce long weekend de pause les fonctionnaires tardent à s’agiter. Ça m’arrange finalement et je fais nombre d’aller-retour entre la frontière et le bureau des telecoms pour tenter de joindre Fred. Mon insistance paye et c’est dans une pluie de parasites que nous nous rassurons mutuellement. Avec Yuki, ils sont a Khovd, la piste qu’ils ont empruntée pour l’atteindre était particulièrement difficile et plus longue que prévue. Mais je peux partir sereinement.
A 10h30, nous accédons enfin au poste frontière mongole. Je fais mes papiers, en 20 minutes tout est okay. Il n’en est pas de même pour les frangins, il leur manque un document pour le camion et après maintes tentatives, ils se résolvent à retourner à Olgii, distante d’une centaine de km pour rédiger la pièce manquante. Soudain, ils se précipitent, ils ont encore le temps et tout peut être bouclé pour ce soir ! Rapidement, ils me proposent de les attendre à la guesthouse. J’accepte, en leur laissant ma moto dans le camion. Ils m’ont donné suffisamment de preuves de confiance et ont assez de soucis comme ça. Il est 15h et c’est le retour à la case départ. Je suis de nouveau bien accueilli dans l’auberge qui bat son plein. C’est la période des vacances et nombreux sont les russes chasseurs, pêcheurs qui viennent en Mongolie.
Pour moi, c’est l’attente. D’abord sereine puis inquiète et finalement stressante. Serguei et Gena ne sont finalement pas revenus ni le soir, ni le lendemain matin, ni le lendemain après-midi. Les suisses ont passé la frontière sans moi. Je commence à craindre la plus grosse erreur de ce voyage. Je repasse en boucle les échanges et les attitudes des deux kazakhs et avec la meilleure volonté, je n’arrive pas à y déceler une escroquerie quelconque. Peut-être sont-ils en panne ? Quelle que soit la raison, la situation devient critique pour moi : demain, mon visa expire. Pour trouver une solution et pour passer le temps qui n’en finit pas de s’écouler, je me décide de retourner au poste frontière. Au moins je peux refaire un visa sur place, mais apprenant les détails de mon histoire, ils sont plus que sceptiques quand à l’honnêteté des 2 frères. Une bonne occasion pensent-ils pour récupérer une moto ! J’ai beau paraitre calme, un vent de panique s’insinue en moi...Ils me promettent de contacter les douanes de Olgii à 16h, heure d’ouverture des lignes téléphoniques.
D’un pas saccadé je retourne à l’auberge pour guetter la moindre tache de poussière à l’horizon. Je me surprends même à prier leur retour. Mon vœu s’exauce à un détail près... Quelques minutes plus tard, je reconnais avec bonheur le ronronnement d’un moteur de moto, c’est Fred ! Il est là enfin ! Il est épuisé mais ravi de me retrouver. Je lui annonce ma bévue, vais pour lui raconter mon histoire mais très vite, il me rassure. Il a vu les deux frères en ville qui lui ont raconté toute l’histoire, ils seront de retour ce soir. Je retourne à la frontière annoncer la bonne nouvelle et annuler l’appel de 16h. A peine arrivée, me voilà rappelée en bas. Fred, Yuki et les kazakhs sont là . Ils partent maintenant. De nouveau les formalités pour tous, 2ème tampon de sortie de territoire sur nos passeports, courtes embrassades et nous voilà sur la route de Russie. "Bye, bye, Mongolia !" 10 km de pistes séparent les deux frontières, 10 km parcourus en 10 min... de trop. La frontière russe vient de fermer, il ne faut revenir demain. Retour à la case départ (bis) et nouvelles retrouvailles avec Fred et Yukiko.
06 Aout 2008 - Tsagaannuur - Mongolie
Mercredi matin 9h00, tout le monde est là ! Le fourgon est en tête de ligne, Fred, Yuki et un couple d’allemands en moto se rangent le long de la file. Comme chaque jour, la frontière s’éveille lentement et les portes s’ouvrent 1h30 après l’heure officielle. 3eme tampon de sortie, c’est ma dernière chance et cette fois pas de paperasse pour les véhicules déjà enregistrés 2 fois !
Un peu mollement cette fois, mes 2 kazakhs poussent un "Bye, bye, Mongolia" et nous re-voilà devant les portes de la Russie.
La Russie ne vole pas sa réputation de casse-tête administratif et du "comment se compliquer la vie et celles des autres". Y passer un véhicule est un incroyable va et vient entre les bureaux. Je pense qu’on rencontre tout le personnel du poste et chacun y va de son petit tampon qui officialise le droit au tampon suivant !
Pour avoir plusieurs fois passé une frontière russe, je m’offusque moins de toute ces simagrées et patiente à chaque étape. Gena est lui aussi tout à ses papiers et tout semble bien se passer. Mais soudainement, une douanière entre et j’ai beau ne pas parler russe, les quelques mots qu’elle prononce résonnent fort à mon oreille : "machina, motocyclette, numéro transit" Oh, oh, ça sent le roussi !
Gena lève les yeux de ses papiers et tel un petit garçon pris en faute lève la main...
- "C’est mon camion."
- "Et oui mon grand" lui répond-elle "Et tu comptes aller où avec ton véhicule de transit ?"
- "Ben, transiter en Russie pour rentrer à la maison au Kazakhstan."
- "Dans ce cas, tu nous fais une procédure de transit !" Et dans un demi sourire : "Et tu n’as pas fini."
Bon tout ça, c’est mon interprétation, mais le sens y est.
Et curieusement, le gars qui était à mon dossier pousse tranquillement mes documents sur le côté de son bureau et me dit : "Je finirai votre moto quand ce sera réglé pour le camion"
Bon, et bien on n’est pas sorti de l’auberge !
Je n’ai plus qu’à attendre...
De l’autre côté de la grille, Fred, Yuki, les allemands et d’autres patientent aussi. La frontière est fermée pour la pause de midi. Elle ouvrira à 14h. Côté mongole, un pique-nique s’organise et pour me ravitailler, Fred me passe le plat du jour à travers les grilles, "Instant noodles in coffee cup" préparé au réchaud sur le bord de la route.
Pour Gena et Serguei, la situation va de mal en pis. Non seulement ils doivent laisser une caution de 500$ mais en plus, elle doit être déposée en roubles. Et d’une, il leur manque 200$ et de deux, il faut aller changer cette somme à la première ville à 50km. Ils sont déconfis. De leur réussite dépend la mienne et nous avons 200$ à leur prêter. Ils les récupèreront à la sortie de la Russie et me les rendront à ce moment. Pour le change, il attrape la première voiture venue et une heure après, le voilà de retour. Fred est toujours dehors. J’attends encore. Serguei est dégouté, il ne veut rien manger, ne parle plus. Trop de galères en 2 jours ont terni sa bonne humeur. Enfin Fred et Yuki, peuvent entrer et entament la danse du tampon.
Régulièrement, Gena nous informe de la progression ou de la régression de la situation. Vers 16h, Fred et Yuki sont fin prêts, tout est en ordre. Pour nous aussi, les choses ont évolué. On nous a obligé à descendre ma moto du camion pour vérification. J’ai pu faire mes papiers et nous avons pu recharger la moto. Tout devrait être réglé d’ici peu. Fred et Yuki peuvent partir. Rendez-vous au Kazakhstan.
A peine sont-ils partis qu’un nouveau problème se présente. Ma moto avec papiers ne peut pas être considérée comme marchandise dans un véhicule en transit. Serguei et Gena parlementent, exposent la situation : j’ai une clavicule cassée, je ne peux pas la conduire. Fred et Yuki sont devant, si Serguei et Gena m’abandonnent, je suis seule avec ma moto, sur un seul bras qui plus est. Les autorités acceptent finalement, je devrai cependant sortir la moto à la frontière russo-kazakh, faire mes papiers indépendamment et la recharger de l’autre côté. Pas de souci, Serguei m’aidera à la pousser.
Encore deux heures d’attente et une nouvelle surprise : un douanier, en tant qu’escorte, voyagera avec nous. Fini pour moi le voyage grand luxe, il me faudra partager la banquette sur laquelle je comptais m’étendre et dormir. Ce soir, route jusque Gorno-Altay, à mi-chemin.
18h30, après 8h de formalités, nous partons enfin !
Davai !!!!
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