Mongolie / Série noire pour une éclipse 3
15 août 2008[Fred]
Le 31 juillet 2008. Je quitte Altay et Lulu, à reculons.
Son transport est organisé. Nous avons rencontré l’assistante du vice-gouverneur, le chauffeur et la directrice de l’hotel qui est aussi une entrepreneuse locale très active. Le tout chaperonné par Nara, la guide mongole de Carlos, le suisse qui nous ont monté cette opération. Je dois pouvoir être rassuré.
Partir c’est aussi ma seule chance de voir l’éclipse dans les conditions que nous avions voulu, dans la zone que nous avions choisie. Je sais que Sam, Katel et Phill ne pourrons pas y être même si ils peuvent se rendre à un autre endroit lui aussi dans la bande de totalité. Lulu devrait pouvoir aussi en profiter, quelques secondes, là où elle devrait se trouver (c’est aussi pour cela que nous avons organisé son transport pour le 31).
Il y a aussi Yukiko qui voudrait voir l’éclipse dans les meilleures conditions mais hésite à prendre seule les pistes difficiles et isolées de l’ouest.
Bref la meilleure solution est bien que je prenne la route avec Yukiko direction le grand-ouest. Donc un crochet pour l’éclipse et puis direction le nord pour rattraper Lulu sur la route de la frontière avec une chance au passage de revoir le trio infernal avant son retour.
Vite dit, simplement dit, mais autrement plus difficile que prévu... La première journée est très exigeante en conduite. Après les premiers 100km, les pistes sont bien plus petites et techniques que celles des jours précédents. Tous les terrains y passent, rapides, lents, défoncés, glissants, cassants, montagneux, avec beaucoup de sable et un passage de col très étroit sur une piste très... secondaire, qui est plus le lit d’une rivière assechée qu’une piste digne de ce nom.
Nous nous enfonçons dans une région vraiment lointaine. Je fatigue rapidement et mes pensées ne sont pas ici. Je ne suis pas concentré et je suis tout aussi rapidement puni, en milieu d’apres-midi, par une chute lourde mais à faible vitesse. La moto prend une première grosse pierre avec la roue avant et je réagi trop lentement. Elle rebondit sur une seconde avec la roue arrière puis une troisième achève de me deséquilibrer totalement. Je m’écrase. Boum, cracs !
Et c’est le moment d’évaluer les dégats...
Bulle du Truc éclatée en petits morceaux, valise gauche tordue une fois de plus. Côté vieux lion, on compte une entorse du genou et une côte très certainement cassée, voire plusieurs... Et m... !
Il faut néanmoins profiter du fait que je suis encore chaud et les douleurs encore faibles pour terminer l’étape. C’est reparti, mais c’est encore plus difficile. Je ne peux pas appuyer sur les pieds pour éviter ou contrôler les glissades ni me lever pour éviter les trous et les bosses... Pire donc. Dans ces cas-là en général, quand on se dit que le pire est là, il se met à pleuvoir... Mais aujourd’hui non, je suis verni ! Et désolé pour Yukiko qui assiste toujours aux chutes des autres et doit se demander si elle ne serait pas plus tranquille toute seule... (mais son tour viendra aussi, malheureusement).
L’arrivée à la zone que nous avons choisie pour le premier campement est une délivrance. Nous voilà à organiser ce qui sera notre routine pour les 7 prochains jours. Le lieu de campement rapidement débattu et choisi, nous montons nos tentes respectives, matelas gonflés et nous retrouvons pour la cuisine et le repas. Au lever du soleil, et bien c’est l’ordre inverse ;-)
Nous enchaînons, jour après jour. Pas une minute à perdre dans notre course vers l’éclipse ; puis vers Lulu. La navigation est difficile et nous finissons par nous perdre ou plutôt par zigzaguer à grand coups de dizaines de km pour retrouver la route d’Altay, le village, pas la ville (et oui ici ils donnent souvent le même nom à plusieurs endroits !)
Les paysages sont à couper le souffle par leur beauté et ils m’aident à gérer genou et côtes.
L’heure de l’éclipse arrive et nous ne sommes pas encore a Altay. Nous décidons de chercher et nous trouvons un site parfaitement dégagé pour profiter de l’éclipse.
Éclipse
Puis nous reprenons donc la route quand le jour revient.
La route de retour vers le nord est meilleure et mes petits soucis physiques en sont ravis. Pour Yukiko c’est le début d’une longue série de crevaisons qui ne nous quittera plus. De 1 à 4 par jour...
Nous rejoindrons Lulu à la frontière seulement, trois jours plus tard et pour quelques heures seulement, complètement épuisés mais rassurés au fur et à mesure des rencontres sur la piste qui nous donnent de ses nouvelles. Un camping-car suisse, des chasseurs russes en minivan 4x4, des allemands en moto, tout le monde par ici nous connait d’avance et nous renseigne ! Finalement la Mongolie, c’est tout petit !...
Les mêmes jours vus par Lulu : Tribulations Lulu - 1 La Mongolie
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