Tetière photo paysage
Voyage précédent : L'Amérique Latine - 2002/2003

Mongolie / Série noire pour une éclipse 1

15 août 2008
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On a toujours dit que le pire endroit pour avoir un accident corporel, c’est la Mongolie.

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26 juillet - 1500km d’Ulaan Baator.
Nous voilà à rouler tous en pleine steppe. Il pleut depuis la veille. Les traces qui servent de route sont très glissantes et nous roulons de plus en plus fréquemment à côté, directement dans l’herbe. Nous sommes 5 motos plus ou moins de front. Yukiko notre amie japonaise, Phil, Sam et Katel sur leurs motos achetées à Ulaan Bator. La lumière est faible, nos phares allumés pour certains mais inutiles. Nous roulons à faible allure mais au maximum de ce que les conditions nous infligent, soit environ 60km/h, souvent moins dès que le relief change.

Nous sommes fatigués aussi. Cinq jours d’affilée depuis Ulaan Baator, de pistes plus ou moins bonnes et de campements plus ou moins confortables. La pluie est récente, les premiers jours étaient bien secs et du coup les cours d’eau sont vite saturés. Nous passons quelques gués, prudemment, avec l’idée que mieux vaut perdre un peu de temps et mettre les pieds dans l’eau que d’essayer d’y récupérer une moto renversée dans la boue.

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[Fred] La fin de la journée approche, plus qu’une cinquantaine de kilomètres avant le prochain village. Je n’arrive pas à me détendre ni à rouler plus vite. Je conduis devant en essayant de marquer fortement mes ralentissements aux autres quand le terrain me semble piégeux. Et les pièges ne manquent pas. Des trous, des rochers, des mottes de terre masqués par les touffes d’herbes hautes, des zones de sable mou couvert d’herbe. Mais entre les zones de pièges, des kilomètres plats et faciles. Chacun est à sa trace, les visières embuées et couvertes de gouttes de pluie. Je roule debout pour tenter de voir où nous mettons nos roues.
Je vois le trou, inhabituellement grand et profond. Je l’évite et tends le bras gauche vers le bas, pour montrer le danger, comme on fait sur la route, parfois. Ici je sens bien que c’est inutile et j’ai un bien mauvais pressentiment. Je sais que Lulu et Yukiko sont derrière moi, parfois à droite, parfois à gauche. Je me rassois pour regarder dans les rétros et je vois ce que je redoutais. Une vision d’horreur. C’est le pire de ce qui pouvait arriver. Lulu n’a pas évité le trou, elle est déjà au sol, visiblement blessée, la moto comme éparpillée. Le cours de la journée et au moins des semaines à venir vient de basculer brutalement. Il faut vite évaluer la situation et agir en conséquence. Je sais qu’ici les secours seront inévitablement longs et compliqués. Heureusement nous sommes nombreux, mais aussi avec le risque de multiplier rapidement les ennuis.

Apparemment seule la clavicule est touchée mais nettement cassée.

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Tout le monde se regroupe rapidement autour de Lulu. On installe une toile tendue entre les motos pour l’abriter de la pluie mais il faut aussi aller chercher du secours, c’est à dire un moyen de transport. Il ne faut pas non plus accumuler les problèmes. Phil et Yuki se chargent donc de rallier le prochain village pour trouver un véhicule. Il est à quelques 60km, ils sont deux et doivent d’abord ne pas se blesser à leur tour.

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En attendant Sam et Katel montent une tente pour remplacer la toile. Nous ne savons pas combien de temps nous allons attendre mais 3h semblent un minimum. Lulu a froid et grelote, trempée et couverte de boue mais son moral est solide. A genoux derrière elle, je lui sert de dossier et nous parlons. Il nous faut être sur de son état. Nous installons Lulu dans la tente et déballons ses affaires. Duvet et pharmacie en premier.