Iran / Geôleries - Partie 7 – Libération
8 novembre 2007Une fois de plus nous n’avons pas vraiment eu d’explication. Un des policiers présent parle vaguement d’erreur d’accusation ou d’erreur d’arrestation, mais c’est tout. Nous allons être libres peut-être, mais pas encore tout à fait. Il nous faut encore rejoindre Garmsar. En effet, ils se sont mis en tête de nous ramener là où ils sont venus nous chercher ! Et donc pour nous, c’est le retour vers l’enfer. Nous n’en avons aucune envie. Nous voudrions charger les motos ici et maintenant et prendre la route. Ne pas revenir chez ceux qui ont voulu nous coincer, qui nous ont tant menti. Mais quelqu’un en a décidé autrement et il nous faut être patient et résignés une fois de plus.
Après avoir remballé précipitamment nos affaires qui ont visiblement été copieusement fouillées, nous voilà coincés à l’arrière d’une antique 406 Peugeot avec nos trois molosses. Enfin deux de nos molosses de l’aller et un nouveau qui occupe une très large place sur la banquette arrière. Et c’est parti, dans les rues de Téhéran, en version poursuite et en prenant des détours qui nous font craindre une nouvelle embrouille, d’autant que le camion des motos ne prend pas la même route et que notre chauffeur se perd en cherchant un raccourci...
La route vers la liberté est longue et bosselée. Une courte pause pour attraper de quoi manger dans le coffre (c’est encore ramadan, ils n’ont pas mangé de la journée) et chacun essaie de se goinfrer de dates et de pain entre deux freinages d’urgence et ralentisseurs passés en force. C’est le pire qui a pris le volant. Une brute épaisse d’un format inhabituel, épais jusqu’au bout des doigts, cheveux rasés et qui semble arracher levier de boite de vitesse et volant à chaque geste. Apres 2h de torture, on arrive enfin à Garmsar, toujours aussi sinistre. Quant à nous, nous sommes toujours aussi tendus.
Nos convoyeurs ont rendez-vous avec un inspecteur de Garmsar venu à notre rencontre. C’est un de ceux qui voulaient nous voir condamnés. Il est toujours aussi peu aimable. Et l’idée d’être à nouveau livrés à la police de Garmsar nous inquiète beaucoup. Notre escorte décide au dernier moment de diner dans un restaurant avant de nous emmener... à la prison de Garmsar bien sûr. En effet c’est là qu’ils étaient venus nous chercher. Il nous faut attendre encore. On ne récupère toujours pas toutes nos affaires, dont le téléphone. C’est pourtant un test. S’ils nous le rendent, c’est qu’on est vraiment libérés. Nous aimerions aussi prévenir que tout va bien, et que c’est bientôt fini, normalement. Dans le restaurant nous arrivons à obtenir le téléphone et nous appelons enfin. En revanche nous n’arrivons à manger qu’un peu de riz.
Un peu plus tard, arrivés devant la prison de Garmsar, nous retrouvons nos anciens gardiens, en particulier un grand gaillard d’officier qui doit être le chef cuistot et qui est l’officier de garde ce soir. Il parle un peu anglais et est ravi de nous revoir... Nous on ne sait pas encore. Avec l’aide d’une dizaine de jeunes gardiens, on descend les motos du camion et on commence à refaire nos bagages en rassemblant nos affaires éparpillées et en vérifiant que rien ne manque... et qu’il n’y a rien en plus… On signe ensuite des papiers qui sont les reçus de nos affaires et un bon de sortie, non sans les avoir fait traduire par le chef cuistot en qui nous avons confiance.
Et nous pouvons faire nos adieux à notre escorte de molosses. La brute épaisse s’avance vers moi et me prend dans ses bras. Trois bises brutales plus tard je n’en reviens toujours pas ; il est ému, prêt à verser une larme. Le second s’avance, je décide de le prendre au piège et c’est moi qui le saisis. De mauvaise grâce mais en riant il me fait trois raclements de barbe virils. Pour le troisième une poignée de main chaleureuse suffira mais ils sont visiblement tous contents pour nous. Interloqué et franchement mal a l’aise, le flic représentant la police de Garmsar a droit a une poignée de main sèche par dessus la moto et il partira dans l’indifférence générale.
Il est tard maintenant et il nous faut trouver un hôtel dans ces environs, loin de Garmsar en tout cas. C’est alors que le personnel de la prison nous offre l’hospitalité. « Restez donc pour la nuit, soyez mes invités ! » … On hésite réellement, bien conscients que trouver un hôtel ne sera pas facile du tout et que mis à part notre situation, nous étions bien traités ici, surtout comparé à Téhéran. Le temps de cette hésitation, une voiture de police arrive. Deux policiers en civil en descendent. C’est apparemment encore la Police de Garmsar. Ils veulent nous faire signer des papiers en nous expliquant que c’est pour la prison, que c’est normal. Il faut aussi donner nos empreintes digitales de tous les doigts... Je pose la question autour de moi, personne ne connait ces papiers. En regardant de plus prés ils sont à en-tête d’Interpol… « C’est normal, il n’y en avait pas d’autres » précisent les deux charlots, mentant de plus belle. Devant ma résistance et l’incompréhension des autres, involontairement pris à témoin, ils passent un coup de fil et finalement nous n’avons plus besoin de remplir ces curieux papiers...
C’est la goutte d’eau. La confiance a définitivement disparu, ils sont capables de revenir à la charge sur autre chose à n’importe quel moment. Cette fois nous partons. Le chef cuistot prend sa voiture et nous conduit jusqu’à la route de Téhéran. Les adieux sont chaleureux et il renouvelle son invitation pour la forme. Nous roulons enfin, libres et soulagés mais épuisés et pas au bout de nos peines.
L’hôtel que nous avions repéré en bordure de route n’existe plus en réalité. Nous demandons une fois, deux fois, suivons une voiture qui nous indique finalement ... le poste de pompiers. On discute à l’extérieur avec les deux gardiens. Le chef étant en service en ville ils hésitent à prendre la décision de nous héberger. L’un d’eux téléphone au maire, obtient son accord et on peut s’installer. Ils nous sortent des couvertures, dégagent le sol d’une pièce, arrangent la salle de bain et nous préparent un thé et des biscuits. Ensuite vient le maire, jeune, moderne. Il insiste pour nous présenter sa femme qui attend dans la voiture, jeune et moderne elle aussi. Ils nous invitent à nous installer chez eux. Nous préférons la simplicité des gardiens et préférons éviter des sujets de conversation sur notre expérience récente.
C’est notre première nuit en liberté depuis un moment maintenant ! Enfin depuis seulement une semaine, mais pour nous il s’agissait plutôt d’une fenêtre de temps et d’incertitude grande ouverte et sans fin prévisible, donc beaucoup beaucoup plus longue...
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