Le départ / Détails croustillants...
1er mai 2007Pour les adeptes de détails croustillants donc :
Samedi 21 avril, après avoir repoussé jour par jour la date du départ, nous avions décidé d’un test "grandeur nature" :
Les motos sont prêtes, jusqu’aux derniers détails pratiques indispensables comme le thermomètre de température extérieure ou le support d’appareil photo.
Les bagages sont bouclés et rivés sur les motos, après seulement 2 cures d’amaigrissement et étonnamment tout semble avoir trouvé sa place, même si 5 t-shirts chacun, c’est encore du luxe !
Les pilotes, enfin nous quoi, plutôt épuisés mais motivés
Lulu préconise un petit tour pour tester le comportement des motos avec le chargement complet et les roues équipées de pneus TT, chambres à air renforcées et liquide préventif anti-crevaison, d’autant qu’il lui semble que son DR a tendance à louvoyer.
Je conviens que n’est pas forcément une mauvaise idée, même si je préfèrerais un programme à base de bière et de repos bien mérité : depuis 3j, les préparatifs durent jusqu’à 3, puis 4 puis 5h du mat’ et le sommeil se fait léger. Bref la pression monte. Je me contente d’une bière en boîte...
Premier petit tour tous les deux, une boucle qui passe par 2 bouts d’autoroute (des 2 x 3 voies en RPO) et quelques ralentisseurs. Le truc ne va pas trop mal (standardement mou et imprécis en courbe) mais le DR inquiète Lulu. Bon, on intervertit les motos.
Comme les motos de Lulu ont toujours tendance à louvoyer, je suis mollement circonspect, mais oupela ! c’est du guidonnage sévère en fait !! Je fais un premier test en poussant à 80 km/h puis un second à 85 km/h. Les deux fois, restabiliser la moto me demande une énergie considérable, bras tendus à pousser sur le guidon en évitant de décélérer brutalement, et me coûte deux bonnes suées aussi. Pas question de partir comme ça !
On revient donc au paddock et on tente un réglage de suspensions, l’avant nous ayant toujours semblé trop léger, en précontrainte et en détente.
Deuxième petit tour où Lulu part sur son DR, revient en ayant constaté un mieux : le guidonnage apparaît maintenant à 90 km/h. Nous persévérons donc et revoyons aussi la détente de l’amorto AR. A l’arrêt l’enfoncement des suspensions est bien plus cohérent et semble au point.
Troisième petit tour, je pars valider ce réglage. Il est 21h. Petite rue en montée avec ralentisseurs, le DR ignore le premier sans même une vibration. Le second, le troisième pareil. Les suspensions se répondent parfaitement, je suis comme sur un tapis volant. Bretelle d’autoroute passée comme avec une routière, le DR trace un rail !! Il faut en venir à tester la vitesse "de pointe" : 80, 90, 100, 110, 120, aucun changement, aucune faille dans la stabilité de la tenue de route. ca fait plaisir, d’autant qu’on n’a pas vraiment prévu de dépasser 120 de tout le voyage.
Histoire de confirmer la bonne nouvelle, j’accélère encore, tout en resserrant la vis de détente avec la main gauche. Et là surprise ! Le guidonnage reprend instantanément et très brutalement. De gauche à droite, la moto se tord littéralement et semble rebondir sur des bosses virtuelles. La seconde qu’il me faut pour rattrapper le guidon des deux mains + la seconde de réflexe perdue par la fatigue accumulée et je ne parvient pas à contrer suffisamment vite les mouvements. Je manque aussi de force et d’énergie, je compte alors 1 puis 2 puis 3 aller-retour du guidon et je sais comment cela va finir. Le pneu avant se met en travers au moment ou tout le poids de la moto appuie dessus et je passe par dessus. Je sens ce qui m’arrive et j’entends très clairement le bruit de mon arrivée sur le bitume.
L’image suivante, c’est quelqu’un qui me parle. Je le vois devant moi, encadré par mon casque (qui est donc bien en place) et qui me pose des questions comme "ça va ?" "vous vous sentez bien ?". Sa sollicitude ne me touche pourtant pas et je ne poursuis pas la conversation. Je suis en plein cauchemar.
Je sais ce qui s’est passé et je n’ai visiblement pas été heurté après ma chute. Donc mon état ne doit pas être grave. J’inspecte rapidement mes jambes et je me relève. Je commence déjà à jurer. Je me dirige vers la moto qui est déjà debout et béquillée (ce qui me fait penser que soit une bonne âme motarde a agit prestement, soit j’ai été "absent" quelques poignées de secondes...). J’inspecte alors la moto : bulle cassée et valise droite bien rayée mais pas plus. Enfin je tâte mon épaule droite douloureuse et je sens très nettement deux morceaux de clavicule au lieu d’un... Je calcule tout de suite : une clavicule, rééducation comprise, c’est 1 mois 1/2 de perdu...
Je suis abattu. Je demande aux gens qui m’aident si ils ont prévenu les secours, je tente de leur proposer d’évacuer la voie de gauche qui me semble très dangereuse vu que le traffic continue mais ils m’en dissuadent.
J’ai à peine le temps de m’asseoir sur le rail en béton que les trois voies sont occupées par 2 camions de CRS et 1 de pompiers. Traffic stoppé, je rejoins les pompiers. Lulu sera prévenue 1h plus tard.
Entre temps, Rine et Yobby qui assistaient aux essais étaient partis à ma recherche et revenus bredouilles. Ils accompagneront Lulu aux urgences pour me rendre visite, au lieu de boire le Champagne pour l’anniversaire de Rine... J’avais bien choisi mon jour.
Je n’ai pas eu le temps, et je dois le reconnaître pas la lucidité, de remercier la ou les personnes qui m’ont aidé et protégé sur la route, mais je pense souvent à leur rôle dans ce malheureux épisode.
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