Tetière photo paysage
Voyage précédent : L'Amérique Latine - 2002/2003

Inde / Cauchemars circulatoires

13 décembre 2007

La conduite en circulation est évidemment une de nos premières préoccupations et une source quotidienne de surprises, de comparaisons et de jurons sous nos casques et à l’occasion des pauses. Il y avait l’Albanie et son cortège de Mercedes puissantes et rapides, s’imaginant rouler sur des routes neuves, bien plus larges et réservées aux seules Mercedes puissantes et rapides. Il était alors improbable et contraire aux lois les plus élémentaires du code de la route albanais que les minuscules quantités négligeables et pouilleuses que nous étions puissent rivaliser de puissance et de rapidité avec la moindre Mercedes, puissante et rapide. Et pourtant… Nous roulons à 120 km/h maxi et 100 km/h en moyenne.

En Turquie il nous avait fallu quelques temps pour prendre la mesure et à part Istanbul, les routes sont finalement normalement dangereuses. Il suffit de comprendre la technique de dépassement turque. C’est très simple, c’est une question de patience. Il faut attendre patiemment derrière le véhicule à dépasser qu’il s’en accumule plusieurs. Ensuite il faut attendre un virage, si possible aveugle ou du moins bien fermé. Il faut alors combiner l’opération avec un coup de fil important nécessitant de gesticuler constamment. Si d’autres véhicules se présentent en face alors la manœuvre est parfaitement réussie et homologuée, parce que apparemment c’est un concours national et la compétition est rude... Nous roulons à 100 km/h maxi et 90 km/h en moyenne.

En Iran nous avons dû changer notre adage : « Qu’est ce qui est plus dangereux qu’un turc au volant ? Et bien deux turcs au volant » par : « Qu’est ce qui est plus dangereux qu’un turc au volant ? Et bien un iranien au volant ». Par exemple, la manœuvre la plus répandue et la plus remarquable est la technique d’arrêt sur le côté qui doit être précédée d’un ultime dépassement suivi d’une queue de poisson et d’un freinage puissant. On peut se demander pourquoi doubler quand on doit s’arrêter 20m plus loin. Nous n’avons pas pu trouver de réponse à ce phénomène étrange que peut être les générations futures ou quelque psychologue inspiré pourront expliquer… Nous roulons à 90 km/h maxi et 70 km/h en moyenne.

Au Pakistan, déjà ça commence mal, ils conduisent du mauvais côté de la route, tous. Tous à gauche les imprudents. Mis à part ce détail bien perturbant, la circulation peut se résumer comme une lutte permanente pour la survie de chacun, en vrac. On trouve sur les routes et en ville un mélange dense et hallucinant de (par ordre de quantité décroissante) rickshaws (tricycles taxi roulant au gaz), vélos, charrettes à mules, petites motos, charrettes à chameaux, camions, tracteurs avec remorques, bus, taxis, véhicules militaires, vaches, chèvres et bergers, piétons, chiens, quelques voitures particulières, des brouettes, et des étrangers inconscients en moto, s’évitant consciencieusement et miraculeusement. Nous roulons à 80 km/h maxi et 50 km/h en moyenne.

[Lulu :] Autoroute pakistanaise. Il s’agit bien d’une route goudronnée 2x2 voies et pas si mauvaise mais contrairement à chez nous, il n’y a aucune restriction de véhicules. Aussi y trouve-t-on des véhicules à moteur de toutes cylindrées, des gros camions de transport d’essence ou de toute autre marchandise savamment ficelée, des minibus chargés d’hommes et de marchandises jusque sur le toit (la partie intérieure étant réservée aux femmes et aux enfants) au tout petit rickshaw poussif loué par toute une famille, mais aussi toutes types de véhicules à traction animale, la petite charrette tractée par la mule fatiguée, la moyenne charrette par le buffle tranquille et la grosse charrette par le dromadaire placide, et des vélos, et des gamins qui à peine tiennent-ils sur les deux jambes, s’entrainent à traverser les voies entre deux passages et même parfois un homme poussant une brouette sur la voie de droite. Je vous rappelle qu’au Pakistan, on roule à gauche, la voie de droite est donc celle de dépassement …

En Inde, nous dépassons toutes nos espérances et nos espoirs les plus fous en terme d‘horreur circulatoire. Le principe dominant est l’utilisation du klaxon comme baguette magique, allié à un profond mépris pour toute forme de sécurité et pour les autres. Une hiérarchie instantanée doit être établie en permanence par le bruit, en klaxonnant vite et longtemps, que ce soit utile ou non. Ensuite on se doit de foncer dans le tas. Si la route est trop étroite et qu’un véhicule doive reculer, aucun ne cède et il faut alors le concours de nombreux autres rois de la route ou une bonne bagarre pour débloquer la situation et libérer la route. Nous roulons à 60 km/h maxi et 30 km/h en moyenne.